Une nouvelle vision de l'Ennéagramme…
  

Archives mensuelles : janvier 2019

 

 

Hymne à la Joie

 

 

A l’Eternel Bien-Aimé

 

Cela faisait des siècles qu’il se contenait.

Le lac noir et profond de ses yeux épousait les larges contours de l’espace dans lequel tournoyaient par milliers d’étranges oiseaux en violentes rafales.

Il écoutait, scrutant inlassablement la densité des ténèbres qui s’était installée sur le monde dévasté.

Il vit les hommes et tous les peuples de la terre s’entretuer. Des visions de guerres, de carnages et de désolations s’intensifiaient tandis que leurs cris de détresse montaient par sanglots du profond des abîmes…

« Dieu, pourquoi nous avez-vous abandonnés ? » 

De toute leur âme, les yeux emplis de larmes et d’effroi, ils se lamentaient et suppliaient.

Des bruits de tonnerres assourdissants menaçaient l’édifice tout entier de l’univers.

Il laissa alors exploser sa colère :

 « Hommes ! Qu’avez-vous fait de mon amour et de ma bonté ! »

Un grondement plus puissant encore que les précédents retentit des abysses :

« Qu’avez-vous fait de l’humanité ! J’avais mis en vous toute ma foi, toute ma confiance et toute ma fierté ! »  

La tête entre ses mains, trahi et meurtri par tant de haine, Dieu pleurait.

Des quatre coins de la terre, les hommes à leur tour imploraient :

« Vous nous aviez promis le bonheur et la paix.  Nous avons perdu la foi et ne savons plus ce que veut dire aimer. »

La Terre était à feux et à sang. 

Les Anges avaient replié sur eux leurs ailes ensanglantées.

L’humanité toute entière suppliait à genoux …

 

Le tendre et délicieux soleil de mai déclinait sur la petite ville de Baden , non loin de Vienne, ornant d’une pourpre chaude et satinée la fine dentelle des rideaux du salon.

« Maître ! Votre thé va refroidir ! » 

 Harassé par un intense travail de composition fourni depuis plusieurs jours, il venait de s’endormir…

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Masterclass, Eric Emmanuel Schmitt  Oct 2018

 

 

 

Maître Félix

 

Rien ne serait arrivé, si, par une soudaine lubie, Aurore de Saint Léger ne s’était rendue dans ce petit salon de coiffure, tout à fait modeste et inconnu d’elle, dans ce quartier pourtant très huppé et mondain de Paris , près de l’Opéra et de la Madeleine .

Elle se sentait en ce moment parcourue de rêves étranges , et de visions. Il lui semblait que quelqu’un tout près d’elle lui parlait, la guidait.

Un ange depuis quelques temps, venait la visiter dans son sommeil, cette nuit encore. Non, ne riez pas, vous lui feriez tant de peine… Un bel Ange, beau comme le jour, pur et délicat comme la tendre fleur du pommier dans la lumière incandescente du printemps. Des paroles douces et suaves déposées comme des baisers … Combien elle les aimait, ces doux et tendres baisers, même si au fond d’elle, elle tremblait. Sa vie allait changer, radicalement, profondément. Elle allait se dépouiller, se transformer, elle le pressentait…

« Tu es à l’aube d’un jour nouveau. Mets toi en chemin, à la rencontre de toi -même, vers quelquechose de plus pur et essentiel… « lui avait -il soufflé tout au creux de l’oreille.

Oh, combien elle aimait cette présence pure et aimante , même si tout au fond d’elle -même, une peur grandissante la saisissait …

Peut- être était cet Ange qui l’avait amenée jusqu’ici, dans ce petit salon de coiffure, perdu au coin d’une ruelle que personne ne fréquentait…

Quelqu’un la guidait, et cela lui plaisait…

Elle referma la lourde porte de son hôtel Particulier non loin du parc Monceau, tout habillée de rose, la couleur qu’elle préférait. La fine dentelle de soie qui moulait son corps serpenté de nacres et de bijoux , aurait pu faire pâlir d’envie les plus riches Maharadjas de l’Inde. Ils se seraient mis à ses pieds pour, ne serait-ce qu’une minute, contempler sa divine beauté …

Aurore était belle, très belle, elle le savait. Sa beauté angélique possédait quelque chose de noble et de surnaturelle. Etait-ce l’oeuvre de Dieu, un don dont elle devait tirer humblement fierté, ou bien la marque d’une tentation vile et calculée, celle de son désir désespéré d’être aimée, de plaire, de jouer de son pouvoir inné de séduction. Ce n’était pas tant le goût du luxe qui l’avait attirée jusqu’ici que celui de se sentir aimée, pour ce qu’elle était ; une femme douée pour le plaisir, douée pour la célébration des sens et de leurs exquises beautés.

Elle pénétra une petit ruelle, toute humide encore de rosée.

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