Une nouvelle vision de l'Ennéagramme…
  

Archives mensuelles : janvier 2018

 

L’Ennéagramme et le Mandala du Soi

Bernadette Bollero-Schmitt

Frédéric Schmitt, MD, homéopathe.

Auvergne 2006

 

Quelques notions au sujet des travaux de B&F Schmitt menés depuis 2000 sur l’Ennéagramme et de leur  méthodologie de recherche.

Ce texte a été écrit en 2006, et ne  tient compte que du début de nos recherches, sa genèse en quelque sorte.

Les recherches ont  bien avancé depuis notamment avec l’introduction des 5 caractères de Reich, les 5 Familles de Sagesse du bouddhisme, les 72 Archétypes/Anges  et les 36 Décans astrologiques en lien avec l’Enneagramme et les Fleurs de Bach

. Ouvrage en cours de rédaction , Patience …

 

 

Introduction

 

L’ennéagramme est un outil dont l’origine est mystérieuse. Nous sommes redevables à G.I. Gurdjieff d’avoir divulgué, dans les années 1920, pour la première fois en occident ce remarquable système. Cependant son usage systématique dans la compréhension et l’analyse de la psyché humaine remonte à Oscar Ichazo dans les années 1960. Laleh Bakthiar a publié un remarquable ouvrage en 1994 levant pour la première fois le voile sur l’approche soufie  et néo-platonicienne de l’ennéagramme.

Bernadette a connu l’ennéagramme au contact de son maître, le Vénérable Dhiravamsa, enseignant bouddhiste respecté, l’ayant lui-même étudié auprès de Claudio Naranjo dans les années 1970.

Frédéric est médecin, homéopathe classique depuis 1986, également élève de Dhiravamsa.

 

Dans les années 2000, Bernadette et Frédéric, ont découvert les clés permettant d’appliquer l’ennéagramme à l’homéopathie. Il s’avère que ces deux systèmes ont une très grande similitude. Ils présentent deux portes d’entrée : pour l’ennéagramme les trois centres et les trois sous-types, pour l’homéopathie, les trois miasmes et les trois règnes. Leur découverte a consisté à mettre en parallèle les trois centres et les trois miasmes ainsi que les trois sous-types et les trois règnes. Afin de comprendre l’importance de cette découverte, il faut rappeler que la thérapeutique homéopathique traite l’individu dans sa globalité physique, énergétique et psychique.

 

Samuel Hahnemann, fondateur de l’Homéopathie

 

L’homéopathie

Dans cette approche médicale, la pratique a démontré qu’une substance unique va équilibrer un individu unique. Cette substance est appellé le Simillimum. Toute la quête de l’homéopathe est de déterminer ce fameux graal, le Simillimum. En homéopathie, afin de faciliter cette recherche, les praticiens ont l’habitude de diagnostiquer au préalable le miasme et le règne de leurs patients. Il existe trois miasmes (ou terrains) ainsi que trois règnes (minéral, animal, végétal). Le diagnostic correct du miasme et du règne va orienter vers un certain groupe de remèdes spécifiques. Cependant cette recherche est ardue, car il existe près de 3000 remèdes dans la pharmacopée homéopathique. Si bien que les homéopathes n’utilisent qu’environ une centaine de ces remèdes dans 80% des cas.

La découverte de Bernadette et Frédéric a permis de faciliter grandement le diagnostic de miasme et de règne. En effet, leur pratique clinique a démontré que le centre prédominant dans l’ennéagramme détermine le miasme dominant et de la même façon le sous-type dominant celui du règne. Ceci est objectivé les  tableaux suivant, sorry in English only   :

 

Enneagram Center Subtype
Homeopathy Miasma Kingdom

 

 

 

Centers Instinctive Emotional Mental
Miasmas Luesis Psora Sycosis

 

 

Subtypes Selfpreservation Sexual Social
Kingdoms Mineral Animal Vegetal

 

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Historique de l’Ennéagramme

Bernadette et Frédéric Schmitt

 

Cet article est paru en mars 2015 dans Enneagram Monthly.

Dans les années 1950, Oscar Ichazo (né en Bolivie en 1931) a été invité à participer à un groupe d’étude de mystiques européens et orientaux de haut rang à Buenos Aires, en Argentine, composé de Martinistes, théosophes, Rose-Croix et anthroposophes. Ichazo leur servait de boy à tout faire, et ils lui ont enseigné la Kabbale, le soufisme, le yoga, le Zen et les techniques du travail de Gurdjieff (voir aussi les numéros 21, 22 et 23 de EM).

Citons Ichazo:

«C’était autour de 1950, et (un) homme m’a invité à Buenos Aires, où j’ai été impliqué avec un groupe de mystiques, dont beaucoup avaient 70 ou 80 ans quand je les ai rencontrés…. Aucun d’entre eux n’était sud-américain. Ils étaient européens ou du Moyen-Orient « (extrait de Entretiens avec Oscar Ichazo, Arica Institute publication 1982).

Selon Claudio Naranjo, Ichazo a dit spécifiquement qu’il détenait toute la tradition qui s’était répandue dans de nombreuses branches à travers le monde et dans diverses cultures. On lui a donné «l’ensemble des œuvres» et la mission de la traduire en termes occidentaux.

Un des seuls noms qu’Ichazo n’ait jamais mentionné publiquement comme un enseignant et une source pour lui, est Leo COSTET de MASCHEVILLE, un enseignant spirituel français. Qui était cet homme, et comment pourrait-il être impliqué dans la genèse de l’ennéagramme?

 

Leo Costet de Mascheville

Nous commençons l’histoire avec son père, Albert Raymond COSTET-CONDE de MASCHEVILLE (1872-1943) né à Valence, France.

En 1895, à l’âge de 23 ans, il devient délégué du Conseil suprême de l’ordre Martiniste fondé par PAPUS (de son vrai nom: Dr. Gerard ENCAUSSE, médecin français qui fonde l’ordre Martiniste en 1887).

1901 : naissance de son fils, Leo COSTET de MASCHEVILLE (1901-1970) en France.

En 1910, lui et sa famille quittent la France et s’installent en Argentine en arrivant le 26 février 1910 à Buenos Aires.

En 1920, Albert COSTET initie son fils Leo à l’ordre Martiniste.

 

Léo Costet de Masheville

 

Albert COSTET envoie son fils Leo en France pour une mission spéciale afin de renouer avec les ordres ésotériques traditionnels du Martinisme et de la Rose-Croix.

Le 22 mars, 1927 Albert COSTET est nommé délégué du Conseil suprême de l’ordre Martiniste de PAPUS, et commence l’ordre Kabbalistique de la Rose-Croix dans la ville de Curitiba, (Brésil).

1932 : Leo COSTET est transféré (probablement sur Conseil de son père) à Montevideo (Uruguay) et fonde le groupe d’étude ésotérique GIDEE (groupe d’études ésotériques) basé sur l’ordre Martiniste de PAPUS.

En 1936, Albert COSTET déménage à Sao Paulo et nomme son fils Président de l’ordre des Martinistes.

Le 23 décembre 1939, la Constitution de l’ordre Martiniste de l’Amérique du sud est proclamée à Porte Alegre, au Brésil, qui unit tous les Martinistes du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay.

1941 : Leo COSTET de Mascheville devient « Sri Sevananda Swami » et son gourou indien Subrahmanyananda fait de lui son successeur dans la lignée de Suddha Dharma.

1949 : Leo COSTET fonde «l’Association mystique occidentale» à Montevideo (Urugay) qui devint bientôt un centre de convergence de différents courants spirituels tels que le Suddha Dharma, le rituel égyptien d’Osiris, le  Ramakrisna ashram du Kriya Yoga, le soufisme, l’Ordre Martiniste, le Maîtreya Mahasangah, l’ordre de la Rose-Croix ordre, le Zen Bodhi Dharma,…

1953: Léo va à Resende, Rio de Janeiro (Brésil), où il acquiert une très grande superficie pour établir un ashram qui est devenu célèbre au Brésil et dans le monde entier.

Tout est en concordance pour indiquer que le groupe de mystiques à Buenos Aires dans lequel Ichazo avait été inclus, était précisément ce groupe créé par Albert, puis dirigé par Leo COSTET de MASCHEVILLE.

Étant donné que les Mascheville étaient les représentants de l’ordre Martiniste en Amérique du Sud, il est intéressant de remonter les sources de cet enseignement à son commencement avec PAPUS.

Papus and the Martinist Order

PAPUS (1865-1916) fonde l’ordre Martiniste en 1887. Il était profondément immergé dans le renouveau occultiste européen et déclarait publiquement être le dépositaire de l’enseignement de l’initié Louis-Claude de Saint Martin (1743-1803) qui disait détenir ses enseignements de Martinès de Pasqually (1727-1774). Le nom de « Martiniste » venait du nom de « Saint Martin » mais Pasqually était le véritable inspirateur de l’ordre Martiniste.

Pour souligner l’importance de la Kabbale dans l’ordre Martiniste, voici un extrait de leur site Web français (http://www.Martiniste.org): « la Kabbale est le livre de la tradition occulte d’Israël. Il doit être entre les mains de tout homme qui souhaite approfondir le mystère de la vie, qui se demande quelle est l’origine et le destin de l’existence, et qui aimerait explorer le Royaume de l’invisible pour comprendre les relations avec le monde visible ».

Il est important de savoir que la Kabbale comme enseigné par l’ordre Martiniste ainsi que différents mouvements ésotériques et occultistes européens n’est pas la Kabbale juive, mais une forme plus syncrétique généralement appelé la Kabbale chrétienne.

 

Kabbale juive

En 1174, la publication d’un texte étrange et énigmatique dans le sud de la France connu sous le nom de Bahir est, par la plupart des commentateurs, anciens et modernes, considéré comme le véritable début de la Kabbale. Les tentatives d’établir sa paternité ou sa provenance ont été en grande partie infructueuses. Le foyer principal de la Kabbale s’est ensuite déplacé dans le nord de l’Espagne, où ses conceptions principales atteignirent une forme stable, culminant dans la publication du plus importante et influent des textes kabbalistiques, le Zohar. Moïse de León (v. 1250 – 1305) rabbin espagnol et kabbaliste est considéré comme son auteur ou rédacteur. Le Zohar est un groupe de livres comprenant des commentaires sur les aspects mystiques de la Torah (les cinq livres de Moïse) et des interprétations bibliques ainsi que des documents sur le mysticisme, la cosmogonie mythique et la psychologie mystique.

Kabbale Chrétienne

La Kabbale chrétienne parfois appelée la Kabbale philosophique ou de la Renaissance est un courant philosophique chrétien inauguré par Giovanni Pico della Mirandola (1463-1494) qui a adapté la Kabbale au christianisme. Della Mirandola a été un excellent néoplatonicien pendant la Renaissance italienne. Non seulement n’écrivait et ne lisait-il pas couremment en latin et en grec, mais il était aussi un très grand connaisseur des langues hébraïque et arabe. Le pape a banni ses œuvres considérées comme hérétiques. Selon Della Mirandola, la Kabbale était un système capable de révéler les mystères du christianisme.

Pico della Mirandola avait plusieurs maîtres kabbalistes, principalement juifs convertis au christianisme.  Les Juifs ont été déplacés dès 1477 et en 1492, déportés massivement hors de l’Espagne. Les chrétiens avaient donné aux Juifs le choix entre le départ forcé ou la conversion, et bien que la conversion les ait mis dans une situation très précaire beaucoup ont fini par la choisir et tout en poursuivant l’étude de ce qui était maintenant devenu le « Vieux Testament »-mais ils devaient être très discret sur les éléments de la tradition kabbalistique.

Des traductions de textes juifs et kabbalistique ont été faites par plusieurs Juifs convertis, par exemple, Samuel ben Nissim Abulfarash, mieux connu par son nom de conversion, Flavius Mithridate. Il a traduit plus de 3000 pages d’œuvres de l’hébreu qui est devenu la bibliothèque kabbalistique de  Pico della Mirandola. Mithridate, ainsi que d’autres chrétiens kabbalistes  plus tard, ont cherché à convaincre le pape qu’il pourrait démontrer des vérités chrétiennes avec la Kabbale. Il ne fait aucun doute que c’est aussi Mithridate qui a traduit des œuvres plus spécialisées pour l’enseignement de Pico della Mirandola; Il a également présenté le livre de la Sepher ha-Bahir à Pico qui l’a étudié dans sa langue d’origine.

Beaucoup d’écrivains non-Juifs ont écrit des livres sur la Kabbale comme Johann Reuchlin (1455-1522) qui a publié deux ouvrages sur la Kabbale, De Verbio Mirifico (en 1494, mélange de néoplatonisme, de Kabbale et d’hermétisme) et De Arte Cabbalistica. Dans une lettre adressée au pape Léon X, Reuchlin justifia l’importance de la Kabbale en affirmant que Pythagore, jaillissant de la tradition platonique, fut instruit par les Hébreux. Une des caractéristiques de la Kabbale chrétienne était qu’elle était très une tradition intellectuelle, sans les pratiques extatiques de la Kabbale juive, ou l’intégration avec les pratiques religieuses traditionnelles.

La Kabbale a influencé un important cercle d’intellectuels au XVIIe siècle. Au centre de ce cercle a été christan Knorr von Rosenroth qui a traduit certaines des parties les plus énigmatiques du Zohar et de plusieurs autres documents kabbalistiques, et les a publiés dans Kabbalah Denudata (la Kabbale dévoilée). La Kabbale fut popularisée au XIXe siècle par l’écrivain occulte français Eliphas Levi (Alphonse Louis constant 1810-1875). Eliphas Levi eut une forte influence intellectuelle sur Papus, attestée dans son livre « La Kabbale : tradition secrète de Occident.

Si la Kabbale chrétienne est une tentative d’appliquer la Kabbale dans le contexte du christianisme, elle a aussi de nombreuses sources néo-platoniciennes.

 

Les néo Platoniciens

Le néoplatonisme (ou néo-platonisme) est une doctrine philosophique développée à Rome depuis 232 par Ammonius Saccas et principalement par Plotin, dont le dernier représentant était Damascius, en 544.

Néoplatoniciens chrétiens

Les chrétiens ont été influencés par le néoplatonisme. Les plus influents de ceux-ci furent Origène d’Alexandrie (c. 185-250 AD), élève d’Ammonius Saccas et auteur du cinquième siècle connu sous le nom de Pseudo-Denys l’Aeropagite.

Pour Origène « toutes les âmes existaient déjà avec leur créateur dans un état parfait, spirituel (non matériel) comme «esprits» ou noûs, mais ont chuté car elle voulurent poursuivre une existence indépendante de Dieu. Puisque toutes les âmes furent créées absolument libres, Dieu ne pouvait simplement pas les forcer à revenir à lui en raison de son amour infini. Dieu créa ainsi le monde physique, et initia l’histoire, dans le but de guider les âmes rebelles vers le retour à la contemplation de son esprit infini ».

Évagre ponticus, également appelé Évagre le solitaire (345-399 AD), était un moine chrétien Néo-platonicien fortement influencé par Origène, et l’un des théologiens les plus influents de l’église de la fin du IVe siècle. La caractéristique la plus importante de sa recherche était un système de catégorisation de diverses formes de tentation. Il a développé une liste exhaustive vers 375 après JC de huit (ou neuf) passions (logismoi), dont tous les péchés seraient dérivés. Cette liste était destinée à servir un objectif diagnostic : aider les lecteurs à identifier le processus de la tentation, leurs propres forces et faiblesses, et les remèdes disponibles pour surmonter la tentation. Évagre a déclaré: «la première passion est celle du chérissement de soi; ensuite viennent les autres  »

La pensée d’Origène a été déclarée hérétique par le Concile de Constantinople en 553 après JC.  Bien que Évagre ne soit pas mentionné nommément dans les 15 anathèmes du Concile, aux yeux de la plupart de ses contemporains, le Concile de 553 avait réellement condamné Évagre, ainsi que Origène et Didymus.

Dans l’un des traités de Évagre (Sur les vices opposés aux vertus, dans le corpus ascétique grec), nous trouvons l’ajout d’un neuvième vice à la liste habituelle de huit: la jalousie est insérée entre vanité et orgueil. Une telle liste de neuf vices n’est pas trouvée ailleurs dans Évagre, bien qu’il parle de la jalousie à divers endroits, et avec une certaine importance dans le traité Etilogios, où il l’associe étroitement au vice de vanité.

Évagre divise les neuf Logismoi (vices) en trois groupes qui correspondent aux trois secteurs de l’âme décrits dans la philosophie grecque: concupiscible (epithemya), irascible (thymos) et raison (Noûs).

  • Le concupiscible donne les trois passions pour manger, se reproduire et posseder.
  • L’irrascible donne les trois passions de la tristesse, la colère et l’acédie.
  • La raison donne les trois passions de la vaine gloire, l’envie et la fierté (hybris).

Pour Platon, les trois parties de l’âme résident dans les trois centres du corps, le Noûs dans la tête, le thymos (colère) dans le coeur et le epithymia (appétit) dans le ventre.

 

Répartition des neuf Logismoi Chez Évagre
  Vices Vertus
Epithemya

Concupiscible

Ventre

Gourmandise Abstinence
Fornication Chasteté
Avarice Liberté de possession générosité
Thymos

Irascible

Cœur

Tristesse Joie
Colère Patience
Acédie

(lassitude du coeur)

Persévérance
Noûs

Raison

Tête

Vanité Liberté de la vanité
Jalousie Liberté de la jalousie
Fierté Humilité

 

Dans le monde latin, l’influence d’Évagre a été préservée et propagée par l’un de ses disciples les plus fidèles, Jean Cassien, qui a présenté les éléments de base de l’enseignement d’Évagre sur les étapes de la vie monastique, l’anthropologie tripartite, et les huit vices (bien que Cassien ne mentionne jamais Évagre par son nom, puisque sa réputation avait été déjà viciée). Au travers de Cassien, la pensée d’Évagre passa à Grégoire le grand, et le schéma des huit vices fut transformé en la liste maintenant célèbre des sept péchés «capitaux». Une partie de la Règle monastique de Saint Benoît répète presque mot pour mot certains textes de Cassien, et recommande aussi qu’elle doit être prolongé par la lecture de la Conférences des pères et les Institutions de Cassien. Les moines chrétiens de l’Occident considèrent aujourd’hui Cassien comme l’un des principaux maîtres de la vie monastique, qui a aidé l’Occident à profiter de la riche expérience des premiers moines de l’est.

Néo-platoniciens juifs

L’influence de la pensée philosophique grecque sur le développement de la Kabbale, en particulier de Platon et le néo-platonisme, a longtemps été reconnu. Le néoplatonisme a été adapté et adopté par de nombreux penseurs Juifs. L’un des représentants les plus illustres était Isaac l’aveugle en 1180, Ibn Latif en 1300, Moïse de Leon (auteur du Zohar en 1280); Judah Leon Abravanel, avec ses « dialogues d’amour » (1503), réalise la « synthèse du néoplatonisme et de la Kabbale »( P. Behar). Probablement la notion platonique la plus importante qui trouva son  chemin dans la pensée kabbalistique est la doctrine des formes ou des idées.  La doctrine kabbalistique des dix Sefirot est ainsi un monde de formes judéo-platoniques, comprise par les kabbalistes pour être les archétypes par lesquels Dieu créa et structura le cosmos. En concluant que Dieu et la création sont composés de valeurs telles que «volonté», «sagesse», «compréhension», «bonté», «justice» et «beauté», les kabbalistes ont placé la doctrine platonique des idées au cœur de leur propre théosophie.

La notion platonique et aristotéliciennes des vices et des vertus a été intégrée dans toutes les écoles de pensée néoplatoniciennes. C’est un facteur si important dans l’ennéagramme d’Ichazo que nous allons approfondir cette notion. Aristote décrit la vertu éthique comme un « Hexis » — une tendance ou une disposition, induite par nos habitudes, d’avoir des sentiments appropriés. Les états de caractère « défectueux » sont hexeis (pluriel de Hexis), décrits comme des tendances à avoir des sentiments inappropriés. Dans les premiers dialogues de Platon, la vertu n’est rien d’autre qu’une sorte de connaissance et le vice, rien d’autre qu’un manque de connaissance. En outre, toute vertu éthique est une condition d’équilibre entre deux états, l’un impliquant l’excès, et l’autre le manque. À cet égard, dit Aristote, les vertus ne sont pas différentes des compétences techniques : chaque travailleur qualifié sait comment éviter l’excès et le manque, et rester dans un état situé quelque part entre deux extrêmes. La personne courageuse, par exemple, juge que certains dangers méritent d’être affrontés et d’autres pas, et éprouve la peur à un degré qui est approprié à sa situation. Il opère d’une manière équilibrée entre le lâche, qui fuit tous les dangers et expérimente une peur excessive, et la personne téméraire, qui juge que tout danger mérite d’être affronté et n’éprouve que peu ou pas de peur. Aristote soutient que cette même topographie s’applique à toute vertu éthique : toutes sont situés sur une carte qui place les vertus entre des états d’excès et de manque» (éthique d’Aristote, http://Plato.Stanford.edu). Nous reviendrons sur cette notion plus tard.

 

Pico Della Mirandola

 

Néo-Kabbale

Parmi l’une des vues syncrétique typiques des néo-kabbalistes, il y a les neuf chœurs angéliques de la tradition chrétienne, reliés aux neuf planètes, aux neuf sephitoth de la Kabbale juive ainsi qu’aux neuf vices et vertus de la tradition néo-platonique, comme suit:

 

Choeurs d’anges Planètes Sephiroth Vices Vertus
Séraphins Neptune Kether Inertie Accomplissement
Chérubins Uranus Hochmah Arrogance Dévotion
Trônes Saturne Binah Avarice Silence
Dominations Jupiter Hesed Gourmandise Obéissance
Vertus Mars Geburah Colère Courage
Pouvoirs Soleil Tiphereth Fierté Humilité
Principautés Vénus Nétza’h Luxure Détachement
Archanges Mercure Hod Malhonnêteté Authenticité
Anges Lune Yesod Paresse Indépendance

 

 

Evagrius Pontificus

 

Cette liste des vices et des vertus ne doit pas être considérée comme absolue car elle peut différer d’un auteur à l’autre. C’est plus ou moins la même que les neuf logismoi d’Évagre.

Naissance de l’ennéagramme

Si nous gardons le schéma d’Evagrius, il est très facile de faire une correspondance entre les trois parties de l’âme et les trois centres de la Ennéagramme, les neuf vices/vertus et les neuf points de Ennéagramme. Nous gardons l’ordre original de Evagrius et commençons par le nombre sept dans le sens inverse des aiguilles d’une montre sur le cercle du Ennéagramme:

 

  Enneatypes Vices Vertus
Epithymia

Concupiscible

Désir et intestin (Néo-platonisme)

Centre mental (Ennéagramme)

7 Gourmandise Abstinence
6 Fornication Chasteté
5 Avarice Générosité
Thymia

Irascible

Colère et coeur (Néo-platonisme)

Centre émotionnel

Ennéagramme)

4 Tristesse Joie
3 Colère Patience
2 Acédie Persévérance
Noûs

Raison

Raison et tête (Néo-platonisme)

Centre instinctif (Ennéagramme)

1 Vaine gloire (vanité) Absence de vanité
9 Jalousie Absence de jalousie
8 Fierté Humilité

 

Oscar Ichazo est directement issu de ce contexte culturel et théologique et nous avons là la preuve que la colonne vertébrale d’Ichazo est clairement néo-kabbalistique.

Dans la Néo-Kabbale, Ennéagramme est déjà préfiguré : trois centres, neuf vices, neuf vertus.  Ainsi, l’émergence de l’ennéagramme d’Ichazo est assez facile à saisir.

Ichazo était très familier avec la figure à neuf points de Gurdjieff ainsi qu’avec l’enseignement de la Kabbale, ainsi relier les deux fut un défi pour lui.

Les mots clés de l’ennéagramme d’Ichazo sont presque les mêmes (que ceux de Évagrius) mais dans un ordre différent.

Mais il y a un autre niveau : selon Claudio Naranjo et John Lilly, il agissait toujours sous la direction de ses propres professeurs. Par exemple (selon Naranjo), Ichazo avait reçu l' »ordre » de ses professeurs d’aller à Arica, au Chili, et d’y enseigner. Naranjo croyait aussi que Ichazo semblait toujours être en contact avec ses propres enseignants, mais qu’ils n’étaient pas au Chili.

Une histoire a également circulée que, après la mort de l’un de ses professeurs originaux, Ichazo prit sa place comme l’un des chefs de l’école et commença sa mission d’enseignement.

Ichazo fonda l’école Arica en 1968 et commence son enseignement en juillet 1970. Cependant, Leo COSTET de MASCHEVILLE mourut en 1970. Quelle coïncidence !

Ichazo a dit spécifiquement qu’il détenait l’ensemble de la Tradition qui était répartie dans de nombreuses branches à travers le monde et dans diverses cultures. On lui aurait donné « l’ensemble de l’œuvre » et la mission de la traduire en termes occidentaux. Une nouvelle culture naîtrait de ses efforts, et ceux qui étaient les pionniers seraient à l’origine d’un développement très important, à savoir la création de nouvelles réformes culturelles qui incarneraient la Vérité.

Ichazo explique les raisons pour lesquelles l’Amérique du sud est le centre de ce nouveau mouvement culturel. L’Europe avait eu son temps, et maintenant ce serait le temps des Amériques, en particulier l’Amérique du Sud, parce que l’influence européenne n’était pas aussi forte là-bas et le christianisme pourrait disparaître. Ainsi, l’Amérique du Sud serait la source à partir de laquelle ce nouveau mouvement commencerait.

L’ennéagramme moderne était né!

L’hypothèse actuelle est que l’ennéagramme moderne a été lancé par Oscar Ichazo (et c’est vrai), mais personne ne sait comment il a créé ce modèle et d’où il vient.  Certains disent que cela venait des traditions soufies, d’autres des pères du désert ou de Ramon Lulle, mais personne ne le sait vraiment. Ceux-là qui soutiennent que ce n’est ni important ni pertinent de connaître les sources réelles, entretiennent une aura inutile de mystère autour d’Ichazo et de l’ennéagramme. Le mystère n’est pas bon pour les études scientifiques, mais probablement mieux pour le business.

Notre thèse est la suivante :

Pour autant que nous sachions, autour de 1920 Gurdjieff créé la figure à neuf pointes nommée ennéagramme tel que représenté aujourd’hui (à ce jour, il n’existe aucune preuve solide d’une quelconque antériorité).

Ichazo a pris cette figure de l’ennéagramme et lui a appliqué la néo-Kabbale (et probablement d’autres systèmes, tels que les neuf mewa de l’astrologie sino-tibétaine).

Cette nouvelle thèse a au moins quatre avantages:

D’abord : elle rend le commencement de l’ennéagramme moderne plus claire et moins mystérieux (désolé…). Il est plus facile d’étudier les sources et de comprendre un fondement clair comme la Kabbale.

Deuxièmement : il n’est plus besoin de maintenir une aura de mystère ou de sagesse magique autour de l’ennéagramme, obstacle à l’approfondissement de sa connaissance et plus personne n’est le soi-disant « détenteur » de la connaissance de l’ennéagramme.

Troisièmement : dans ce contexte, il est plus facile d’être reconnaissant à Oscar Ichazo en tant que fondateur de ce nouveau modèle de la personnalité et d’apprécier la profondeur de ses découvertes.

Quatrièmement : il est maintenant possible d’étudier l’ennéagramme en dehors du contexte d’Oscar Ichazo (ou de Claudio Naranjo, et des auteurs successifs) et d’appliquer d’autres idées ou de recherche sur ce modèle, exactement comme Laleh Bakhtiar qui a appliqué la théorie néo-platoniques des neuf points (dans le contexte soufi) à l’ennéagramme, et comme nous faisons au sein de l’Institut MARIE depuis 2000.

 

 

 

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