Une nouvelle vision de l'Ennéagramme…
  

Archives mensuelles : août 2019

 

 

 

Concert littéraire, Sarlat le 22/08/2019

 

 

Le nom des rues est toujours un mystère.

Rue Jean-Jacques Rousseau, à Sarlat. Qu’est-ce que ce promeneur solitaire pouvait bien avoir à faire avec cette rue, dans cette petite bourgade perdue au fin fond du Périgord. Si ce n’est qu’effectivement elle était fort déserte à un moment d’affluence touristique maximale et plus propice certes à des méditations philosophiques qu’à des bruyantes activités estivales et ludiques.

Se détachant du bourg, et de la vue des touristes, la rue monte, puis serpente, et puis monte à nouveau, pour ainsi dire dangereusement pour ne devenir plus qu’infime ruelle.

Mais où diantre peut bien se situer cette Chapelle des Pénitents Blancs, où nous attendent Eric-Emmanuel Schmitt et Nicolas Stavy, ce soir,  pour la première des Musicales organisées par la ville.

Un porche voûté, lourd et imposant, se dessine enfin qui semble, à vue d’œil, fermé à double tour. Une immense bâtisse de pierres anciennes, probablement le corps de l’église, prolonge la rue dans un espace de plus en plus étroit, étouffant presque…

Pas de doute, je suis bien arrivée, quoiqu’un peu tôt, afin de repérer les lieux.

J’avance quelques pas encore dans la rue quand une cascade de notes pures et sonores s’arrache d’une fenêtre restée ouverte et puis une voix, reconnue parmi tant d’autres, qui lui fait tendrement écho. Une voix, douce et apaisante, capitonnant d’un sourire léger la lugubre moiteur des lieux.

Y aura-t-il une séance de dédicace après le concert, car je dois remettre à Eric Emmanuel Schmitt un petit recueil de nouvelles, dont une écrite à son attention. Ou dois-je lui remettre avant ?

Toujours en quête d’informations, je contourne la ruelle sur la droite et vois indiquées des toilettes à l’arrière et m’avance.

La porte est grande ouverte et donne directement accès sur l’arrière de l’église…

Le bâtiment résonne soudain tout entier de musique. Je sais que je ne peux entrer car c’est encore le moment de la répétition. Je reste dans le petit couloir de l’entrée et tâche de rester discrète.

Du ventre de la grande bâtisse qu’enserrent étroitement les bras des ruelles résonnent comme des soupirs amoureux que je me surprends, secrètement, à épier. Je me sens honteuse d’être là.

Je décide aussitôt de refermer la porte et d’attendre patiemment, comme tout le monde, le début du concert prévu à 20 h,  qui ne va pas tarder.

 

 

Me voilà rassurée, une organisatrice vient de m’annoncer qu’une séance de dédicace est prévue après le concert, il ne me reste plus qu’à trouver une place.

La salle se remplit peu à peu, comme au sein d’un grand navire dont on sait qu’il prédestine chacun à des transports fort lointains. Les lumières s’éteignirent doucement …

Adieu vielles et sombres ruelles périgourdines, adieu pierres acérées sur le chemin et lourdeur des tourments. Place à présent, aux rêves spacieux et aux lumineux voyages…

Les soupirs épiés, qui avaient été échangés alors, devinrent déclarations, passions, enchantements, exultations. Les mains du pianiste se déchainent laissant le narrateur absorbé et muet orchestrer en silence, tel un marin vaillant et stoïque bravant magnanimement la tempête. Les esprits des Lieux sont, eux-aussi, convoqués avec, ruisselant sur chaque pierre, d’effrayants souvenirs de souffrances et d’enfermement. Et puis soudain, les mots, clamés par l’auteur, reprennent Vie, devenant à nouveau pluie, doux clapotis, chuchotement, nuage, soleil, grande plage de sables fins sur laquelle viennent s’échouer des vagues de musique, tendres, chaudes et réconfortantes. Oscar est là, petit Ange de Paix et de Réconfort, niché sur le haut de la vitre. Il écoute dans un silence extasié les délicates promesses d’aurores bleutées. Amusé, Momo s’est allongé là, tout près de la scène, riant de son rire pur et enfantin. Et la Dame Rose ? Regardez bien, elle s’est assise à côté du pianiste et écoute, fascinée les réponses du père Ponce faites à Noé. Galant, Schubert est venu la prendre par la main, et complices depuis toujours, ils se mirent amoureusement à danser.

Il existe sur la lune une mer de la tranquillité.

N’existerait-il pas sur terre une demeure secrète pour nos artistes, où personne ne pourrait plus jamais les déranger.

Car les Dieux parlent aux artistes, et ce qu’ils nous restituent n’est autre qu’une humble et profonde prière.

Cette demeure, j’ai l’impression d’y avoir été conviée, quand les portes de la Chapelle sur nous se sont refermées…

 

 

Sarlat le 23/08/2019

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